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Quotité assurance emprunteur : 50/50, 70/30 ou 100/100 ?

Portrait de Valentin Tussiot, expert en assurance Valentin Tussiot, expert en assurance Mis à jour le 14 août 2026 · 14 min de lecture

Quand vous empruntez à deux, la quotité est la part du prêt que l’assurance couvre sur chacune de vos deux têtes : 50/50, 70/30, ou 100/100. Ce choix, souvent expédié en trente secondes le jour de la signature, décide pourtant du scénario du pire : si l’un de vous disparaît, l’autre garde le logement sans rien payer, ou continue de rembourser des centaines d’euros par mois. Voici ce que chaque répartition change vraiment, chiffres à l’appui, et comment choisir selon vos revenus.

En bref

  • La quotité est la part du capital assurée sur chaque tête. À deux, le total doit couvrir au moins 100 % du prêt, et peut monter jusqu’à 200 %.
  • Sur un prêt de 250 000 € sur 20 ans, en cas de décès à l’année 8, le survivant d’un couple en 50/50 continue de payer 706 € par mois pendant 12 ans. En 100/100, il ne paie plus rien.
  • Cette protection totale a un prix : sur notre cas type, le 100/100 coûte 15 000 € sur 20 ans, contre 7 500 € en 50/50. Le 70/30 coûte le même prix que le 50/50.
  • La bonne répartition se lit dans vos revenus et dans le type d’achat : chacun s’assure au moins à hauteur de sa part dans le budget ; le 100/100 s’impose souvent en résidence principale, rarement en locatif.
  • La quotité se rejoue à chaque changement d’assurance, possible à tout moment et sans frais depuis la loi Lemoine : c’est le bon moment pour la corriger.

La quotité, c’est quoi exactement ?

L’assurance emprunteur rembourse la banque à votre place en cas de décès, d’invalidité ou d’arrêt de travail. À deux, il faut décider quelle part du prêt est protégée sur chaque tête : c’est la quotité. En 50/50, chacun est assuré pour la moitié du capital. En 70/30, l’un pour 70 %, l’autre pour 30 %. En 100/100, chacun est assuré pour la totalité : le prêt est couvert deux fois.

Deux règles de jeu encadrent ce choix. D’abord, les banques exigent que le total des deux quotités couvre au moins 100 % du prêt : c’est leur condition pour prêter, car elles veulent être remboursées quoi qu’il arrive. Impossible donc de s’assurer à 40/40. Ensuite, le total peut monter jusqu’à 200 %, c’est-à-dire 100 % sur chaque tête, pour une protection maximale. Entre ces deux bornes, toutes les répartitions sont permises : 60/40, 80/20, 100/50.

Ce qu’il faut bien comprendre : la quotité ne répartit pas la dette, elle répartit la protection. Dans la quasi-totalité des offres de prêt, vous êtes co-emprunteurs solidaires : chacun doit la totalité de ce qui reste dû, quelle que soit la quotité choisie. L’assurance décide seulement de la part qu’un assureur effacera si un coup dur frappe l’un de vous.

Coup dur à l’année 8 : qui paie quoi selon votre répartition ?

Prenons un couple qui emprunte 250 000 € sur 20 ans à 3,20 %, dans la moyenne des barèmes bancaires de juillet 2026. La mensualité du crédit seul est de 1 412 €. Huit ans plus tard, il reste 168 616 € à rembourser, sur 12 ans, et l’un des deux décède. L’assureur verse alors à la banque la part du capital restant dû correspondant à la quotité de la personne disparue ; le prêt continue sur ce qui n’est pas couvert. Voici ce que cela donne, répartition par répartition.

Répartition choisieL’assureur verse à la banqueCe qui reste à rembourserMensualité restante (12 ans)
100/100, quel que soit celui qui décède168 616 €0 €0 €
50/5084 308 €84 308 €706 €
70/30, décès de la personne assurée à 70 %118 031 €50 585 €424 €
70/30, décès de la personne assurée à 30 %50 585 €118 031 €988 €

Lisez la dernière colonne avec les yeux du survivant. En 100/100, le logement est payé, quoi qu’il arrive. En 50/50, le survivant reprend 706 € par mois pendant 12 ans, seul, avec un seul revenu. Et le 70/30 montre le vrai piège : la même répartition protège très bien dans un sens, très mal dans l’autre. Si la personne assurée à 30 % disparaît, il reste 988 € par mois à assumer : presque la mensualité entière du couple, avec un revenu en moins.

Le décès n’est pas le seul coup dur couvert, et la quotité joue partout de la même façon. La perte totale et irréversible d’autonomie, une invalidité si lourde qu’elle impose l’aide d’une tierce personne au quotidien, fonctionne comme le décès : l’assureur rembourse la part du capital correspondant à la quotité. L’invalidité et l’arrêt de travail se règlent autrement, mensualité par mensualité : l’assureur paie la mensualité à hauteur de la quotité de la personne touchée, selon les conditions du contrat et son mode de versement, forfaitaire ou indemnitaire. Assuré à 50 % et plus en état de travailler, vous verrez l’assureur payer la moitié de la mensualité, pas la totalité.

Le vrai prix du 100/100

  • Même prêt de 250 000 € sur 20 ans, deux emprunteurs de 35 ans, non-fumeurs, contrat individuel à 0,15 % du capital initial par an et par personne, dans la fourchette constatée à cet âge.
  • En 50/50 : 31,25 € par mois pour le couple, soit 7 500 € sur 20 ans. Dans ce cas type tarifé au prorata, le 70/30 coûte le même prix : le total assuré reste 100 %.
  • En 100/100 : 62,50 € par mois, soit 15 000 € sur 20 ans.
  • L’écart, 7 500 € sur la durée du prêt, est le prix de la certitude que le logement sera payé quel que soit celui des deux qui disparaît.

Comment choisir votre répartition selon vos revenus ?

Le bon réflexe n’est pas de partir de la répartition, mais du survivant. Posez la question dans les deux sens : si l’autre disparaît, est-ce que je peux payer ce qui restera de la mensualité avec mon seul revenu ? La règle de base en découle : chacun s’assure au moins à hauteur de sa part dans les revenus du foyer. Si vous gagnez 2 900 € et votre conjoint 1 600 €, vous apportez environ 64 % des revenus : 70 % sur votre tête et 30 % sur la sienne collent à cette réalité, quand un 50/50 la sous-estimerait.

Reprenons ce couple avec notre prêt type. Si la personne à 2 900 € décède avec une quotité de 70 %, le survivant paie 424 € par mois : le quart de son revenu de 1 600 €, lourd mais tenable. Avec un simple 50/50, il aurait dû sortir 706 € par mois, près de la moitié de son revenu : intenable, et le logement finit par se vendre. La quotité asymétrique n’est pas une subtilité de contrat : elle évite au conjoint le plus fragile de perdre la maison en plus du reste.

Trois situations méritent d’aller au-delà de cette règle de base. Si aucun des deux ne pourrait payer seul, même sa part réduite, le 100/100 est fait pour vous : c’est la seule répartition où la question ne se pose plus. Si l’un des deux a des revenus irréguliers, indépendant ou profession libérale, sur-assurez cette tête. Et si des enfants dépendent du foyer, le 100/100 se discute sérieusement : sur notre cas type, la sécurité totale coûte 31,25 € de plus par mois. Le prix de votre propre couverture dépend d’abord de votre âge et de votre profil : notre guide sur le prix de l’assurance de prêt détaille ces fourchettes. Et pour savoir ce que chaque répartition coûterait avec vos chiffres à vous, la simulation d’assurance emprunteur compare les contrats gratuitement, en quelques minutes : vous verrez du même coup ce que vous économiseriez sur votre contrat actuel.

Résidence principale ou locatif : le type d’achat change-t-il la quotité ?

Oui, et c’est souvent le raisonnement le plus simple des deux. Pour une résidence principale, la mensualité se paie avec vos salaires : si l’un des deux disparaît, c’est un revenu qui manque face à une mensualité qui reste. Le 100/100 y est le choix logique, et nous le recommandons d’autant plus volontiers aux primo-accédants : à 30 ou 35 ans les cotisations sont basses, l’épargne de côté est encore mince, et les deux revenus sont nécessaires pour tenir la mensualité. À l’inverse, si vous avez une épargne solide, la certitude totale du 100/100 devient moins indispensable : le survivant a de quoi absorber sa part, et une répartition calée sur les revenus suffit souvent.

Un garde-fou tout de même, que nous surveillons sur chaque dossier : l’assurance compte dans votre taux d’endettement, plafonné à 35 % de vos revenus, assurance comprise. Doubler la couverture double la cotisation : sur un dossier proche du plafond, un 100/100 peut réduire le montant empruntable ou tendre la négociation avec la banque. La bonne quotité est celle que votre dossier porte sans se tendre ; elle peut d’ailleurs se renforcer plus tard, une fois le prêt signé et le dossier derrière vous.

Pour un investissement locatif, le raisonnement s’inverse : la mensualité est payée, en tout ou partie, par des loyers qui continuent de tomber quoi qu’il arrive à votre santé ou à celle de votre co-emprunteur. Le crédit se rembourse en grande partie tout seul, et le 100/100 est rarement pertinent : la pratique courante est de rester au plancher exigé par la banque, 50/50 en tête, calé sur les revenus de chacun. La cotisation économisée préserve à la fois la rentabilité de l’opération et votre capacité d’emprunt pour le projet suivant.

Une nuance, qui se lit sur votre plan de financement : si le loyer ne couvre pas toute la mensualité et que vos salaires complètent la différence, cette part-là vit comme une résidence principale. C’est le cas où nous conseillons de demander aussi les garanties d’arrêt de travail et d’invalidité, souvent facultatives sur un locatif : la garantie ITT pour l’arrêt de travail, la garantie IPT pour l’invalidité totale, voire la garantie IPP pour l’invalidité partielle. Elles protègent le revenu qui comble l’écart entre le loyer et la mensualité.

Pourquoi la quotité se rejoue quand vous changez d’assurance ?

Si vous avez signé un 50/50 par défaut le jour du prêt, rien n’est figé. Depuis la loi Lemoine, l’assurance emprunteur se remplace à tout moment, sans frais ni préavis, dès la signature de l’offre de prêt. Et changer de contrat, c’est l’occasion naturelle de remettre la quotité à plat : le nouveau contrat se construit avec la répartition de votre choix. Un couple dont les revenus ont divergé depuis l’achat, ou qui a eu des enfants, peut ainsi passer de 50/50 à 70/30 ou à 100/100, souvent en payant moins cher qu’avant si le contrat d’origine était celui de la banque. La démarche aboutit massivement : 496 654 demandes de changement déposées en 2024, et près de 94 % des demandes de substitution acceptées.

Une limite dans un sens : le nouveau contrat doit présenter un niveau de garantie équivalent à l’ancien, c’est la condition écrite à l’article L313-30 du code de la consommation, et tout refus doit être explicite et intégralement motivé. Réduire le total assuré, par exemple passer de 100/100 à 50/50 pour payer moins, a donc toutes les chances d’être refusé : la banque perdrait en protection. Augmenter la quotité, en revanche, ne pose aucun problème d’équivalence : vous couvrez plus, jamais moins.

Un point d’attention dans l’autre sens : le questionnaire de santé. Depuis la loi Lemoine, aucune information médicale ne peut vous être demandée quand la part assurée ne dépasse pas 200 000 € par personne, tous crédits cumulés, et que le prêt se termine avant vos 60 ans. Or cette part assurée dépend directement de la quotité : sur notre prêt de 250 000 €, un 50/50 met chaque tête à 125 000 €, sous le seuil ; un 100/100 la porte à 250 000 €, au-dessus. Augmenter fortement sa quotité peut donc réveiller le questionnaire de santé, ce qui compte si l’un de vous a un antécédent médical. Le mode d’emploi complet du changement est dans notre guide changer d’assurance de prêt avec la loi Lemoine ; et si votre prêt n’est pas encore signé, notre article sur la délégation d’assurance explique pourquoi le meilleur moment pour tout optimiser est juste après le passage chez le notaire.

Vos questions

Peut-on choisir 100 % sur une seule tête quand on emprunte à deux ?

Sur le papier, un 100/0 couvre bien 100 % du prêt. Dans la pratique, les banques ne l’accordent presque jamais : nous ne le voyons passer que dans de rares cas, typiquement quand un seul des deux a des revenus. Et il se comprend : en 100/0, le décès de la personne non assurée ne déclenche rien du tout, alors que le foyer perd peut-être une aide quotidienne qui a un coût réel, garde d’enfants en tête. La solution qui passe, et qui protège mieux, est une quotité sur chaque tête, même petite sur la seconde.

En 50/50, le survivant doit-il vraiment payer la part de l’autre ?

Oui. L’assureur efface la moitié du capital restant dû, celle qui était assurée sur la tête de la personne décédée. Mais pour la moitié restante, la solidarité entre co-emprunteurs joue à plein : la banque réclame la totalité de la mensualité restante au survivant, sans se demander qui payait quoi avant. C’est tout l’enjeu du choix de quotité : la dette reste commune, seule la protection se répartit.

Le 100/100 coûte-t-il toujours deux fois plus cher ?

Pas toujours, et c’est une bonne nouvelle. La logique de base est proportionnelle, deux couvertures à 100 % au prix de deux couvertures à 50 %, mais certains assureurs appliquent un tarif dégressif selon la quotité : monter la couverture coûte alors moins que la règle de trois. Et vos deux cotisations ne sont presque jamais identiques, car chaque tête est tarifée sur son âge, sa santé et son métier : monter à 100 % la quotité de la personne au profil le plus favorable coûte souvent bien moins cher que l’inverse. Deux vrais leviers d’optimisation, qu’une comparaison chiffrée révèle en quelques minutes.

Peut-on modifier la quotité sans changer d’assurance ?

Oui, quand c’est pour l’augmenter : la banque gagne en protection, l’avenant est en général accepté, avec d’éventuelles formalités médicales sur la part ajoutée. La baisser, en revanche, se heurte vite à un refus : la banque perdrait en couverture. Et même pour une hausse, comparez avant de signer l’avenant : le changement complet d’assurance étant possible à tout moment et sans frais, rejouer la quotité à cette occasion est souvent plus économique, surtout si votre contrat actuel est celui de la banque.

Ce qu’on fait pour vous

Choisir une quotité, c’est arbitrer entre le coût d’aujourd’hui et la sécurité du pire jour : un arbitrage qui mérite mieux que la case cochée par défaut le jour de la signature. Notre simulation d’assurance emprunteur compare gratuitement les contrats avec vos chiffres : votre prêt, vos âges, vos profils, et la répartition qui colle à vos revenus. Vous voyez en quelques minutes ce que coûterait un 70/30 ou un 100/100 dans votre situation. L’étude de votre dossier est gratuite et sans engagement.


Mis à jour le 14 août 2026. Article d’information générale, ne constituant pas un conseil personnalisé ; les règles citées sont celles en vigueur à la date de mise à jour. Hypothèses de calcul : prêt de 250 000 € sur 20 ans à 3,20 % (moyenne des barèmes bancaires de juillet 2026), décès simulé à la fin de la 8e année, cotisation d’assurance de 0,15 % du capital initial par an et par personne (fourchette constatée début août 2026 pour deux emprunteurs de 35 ans non-fumeurs), montants recalculés puis arrondis à l’euro.

Sources

Les règles citées dans cet article viennent des textes officiels listés ci-dessous, que vous pouvez ouvrir pour vérifier chaque information par vous-même.

Ces règles évoluent : les sources ci-dessus ont été vérifiées le 11 août 2026, sauf l’avis du CCSF, vérifié le 7 août 2026.