Un arrêt maladie en cours, ou des arrêts récents dans votre parcours, et un projet immobilier qui, lui, n’attend pas : la vraie question, celle que personne ne pose à voix haute, c’est de savoir si une banque suivra. Elle suivra si elle peut se projeter avec vous. Car une banque ne juge pas votre santé : elle cherche à savoir si vos revenus rembourseront la mensualité pendant toute la durée du prêt. Tout se joue là, et beaucoup de choses se préparent. Voici ce que la banque regarde exactement quand un arrêt maladie figure au dossier, ce qui change selon que la reprise est en vue ou que l’arrêt s’installe, et vos leviers, que votre prêt soit à venir ou déjà signé.
En bref
- La banque pose une seule question : ces revenus rembourseront-ils la mensualité jusqu’au bout du prêt ? Votre état de santé ne fait pas partie de son calcul, la durée de vos revenus, oui.
- Un arrêt avec une reprise en vue et un poste conservé se lit comme une parenthèse : votre capacité s’apprécie sur votre situation professionnelle habituelle, pas sur le mois en cours.
- La formule, elle, ne change pas : 35 % de taux d’endettement et un reste à vivre suffisant. Ce qu’un arrêt modifie, c’est la lecture de vos revenus, jamais le calcul.
- Quand l’arrêt s’installe, la pension d’invalidité entre dans le calcul de certaines banques, partiellement chez d’autres : présenter le dossier au bon endroit change la réponse.
- Un prêt déjà signé se renégocie ou se fait racheter, y compris pendant un arrêt : ce sont deux chemins différents, et l’un est bien plus simple que l’autre dans cette situation.
Votre dossier tient-il debout aujourd’hui ?
C’est la question qui mérite une réponse avant de démarcher qui que ce soit. Faites calculer votre capacité d’emprunt avec notre expert en financement : il regarde vos revenus réels, votre calendrier de reprise, et vous dit vers quels établissements votre dossier se présente le mieux. Gratuit, sans engagement, en ligne.
Ce que la banque cherche vraiment à savoir
Une banque qui étudie votre demande a un seul sujet en tête : la durée. Elle prête sur quinze, vingt ou vingt-cinq ans, et elle veut pouvoir se projeter sur toute cette période avec des revenus qui tiennent. C’est pour cette raison qu’un arrêt maladie l’intéresse : pas pour ce qu’il dit de votre santé, mais pour ce qu’il dit de la suite. Une reprise d’activité qui se dessine, c’est une trajectoire lisible ; c’est exactement ce qu’elle cherche.
Le calcul, lui, reste le même que pour tout le monde : la mensualité doit rester dans la limite de 35 % de vos revenus, assurance comprise, et il doit vous rester de quoi vivre une fois cette mensualité payée. Cette limite de 35 % n’est d’ailleurs pas un mur : les banques disposent chaque trimestre d’une marge de dossiers qu’elles peuvent accepter au-delà, et la résidence principale y est prioritaire. Nos guides du taux d’endettement et du reste à vivre détaillent cette mécanique pas à pas, marge de souplesse comprise. Ce qu’un arrêt maladie modifie, c’est uniquement la façon dont la banque lit la ligne « revenus » : leur montant du moment, et surtout leur horizon.
Un arrêt avec une reprise en vue : un dossier qui reste ordinaire
C’est la situation la plus fréquente, et de loin la plus simple. Vous êtes en arrêt, votre contrat de travail court toujours, votre poste vous attend, et une date de retour est posée ou envisagée. La banque raisonne alors sur votre situation professionnelle habituelle : votre salaire, votre ancienneté, la nature de votre contrat. L’arrêt devient une parenthèse dans un parcours qui, lui, continue.
Vos revenus du moment, eux, sont temporairement plus bas : les indemnités journalières de la Sécurité sociale correspondent à la moitié du salaire journalier de base, dans la limite d’un plafond. Beaucoup de salariés perçoivent en plus un complément versé par leur employeur, prévu par la loi ou par la convention collective, sous conditions d’ancienneté : ce complément porte la rémunération à un niveau nettement plus proche du salaire habituel pendant les premières semaines. Nous relevons que les dossiers passent d’autant mieux que ces éléments sont fournis d’emblée : bulletins de salaire d’avant l’arrêt, attestation de l’employeur, date de reprise prévue. Une banque qui dispose de la trajectoire complète n’a pas à l’imaginer.
Le bon moment se choisit : quand le calendrier de votre projet le permet, déposer le dossier après la reprise du travail simplifie tout, côté banque comme côté assurance. Quelques semaines d’attente valent parfois mieux qu’un dossier présenté trop tôt, puis à représenter. Si le compromis de vente impose son rythme, présentez le dossier tel quel, mais préparé.
Quand l’arrêt s’installe : quels revenus prennent le relais ?
La lecture change quand l’arrêt dure, quand la reprise n’est plus l’horizon, ou quand la situation débouche sur une invalidité reconnue. La Sécurité sociale verse alors une pension d’invalidité aux personnes dont la capacité de travail ou de gain est réduite d’au moins deux tiers, selon trois catégories qui vont de la poursuite d’une activité aménagée à l’impossibilité de travailler. Pour la banque, cette pension est un revenu comme un autre sur un point essentiel : elle est versée régulièrement et sur une longue période.
C’est précisément là que les établissements se distinguent le plus. Nous relevons que certaines banques retiennent la pension d’invalidité comme un revenu à part entière, au motif qu’elle est stable et durable, quand d’autres ne la comptent que pour une partie, ou la laissent de côté. Sur les 14 banques que nous consultons, ce seul point sépare des réponses très différentes pour un dossier identique. La deuxième question qu’elles se posent porte sur l’horizon : que se passe-t-il au terme de la pension, et quels revenus prennent le relais à la retraite si le prêt court au-delà ? Un projet dont la durée s’arrête avant cette bascule se défend beaucoup plus facilement.
Trois leviers font alors une vraie différence : les revenus d’un co-emprunteur, qui élargissent la base de calcul ; la durée du prêt, qui règle à la fois la mensualité et l’horizon ; et l’apport, qui réduit le montant à financer. Ces trois réglages se combinent, et c’est souvent leur combinaison, plus que le dossier lui-même, qui fait basculer une réponse.
Un prêt déjà signé : renégocier ou faire racheter pendant un arrêt
Si vous êtes déjà propriétaire et que l’arrêt survient en cours de prêt, commencez par le réflexe le plus simple, et le plus souvent oublié : regardez ce que votre assurance de prêt couvre déjà. La garantie arrêt de travail prend en charge vos mensualités une fois passée la franchise prévue au contrat, souvent 90 jours d’arrêt consécutifs, et c’est exactement la situation pour laquelle vous payez cette cotisation depuis des années. Beaucoup de démarches deviennent inutiles une fois cette vérification faite.
Si le sujet reste entier, commençons par une question de calendrier, car elle tranche souvent à elle seule : renégocier n’a de sens que si l’écart entre votre taux et le marché est assez large pour couvrir les frais de l’opération. Tout dépend donc de l’année de votre signature. Les prêts conclus en 2023 et 2024, aux taux les plus élevés de la décennie, se renégocient utilement aujourd’hui. À l’inverse, un prêt signé pendant les années de taux très bas, avant la remontée de 2022, porte déjà un taux que le marché actuel ne bat pas : la question ne se pose alors tout simplement pas, et c’est le cas de la plupart des prêts qui ont sept ou huit ans. Notre guide des taux immobiliers vous situe en deux minutes.
Si l’écart est là, le premier chemin consiste à renégocier avec votre banque actuelle. Le prêt se poursuit, modifié par un avenant : vous ne changez pas d’établissement, et votre assurance en place suit le mouvement, par un avenant elle aussi. Le point qui compte quand un arrêt figure au dossier : cette voie ne suppose pas, en général, de repasser un questionnaire de santé. C’est ce qui en fait de loin le chemin le plus praticable pendant un arrêt.
C’est aussi par cette voie que se demande un allongement de la durée, qui allège la mensualité quand les revenus baissent le temps de l’arrêt. Allonger un prêt suppose l’accord de votre assureur, puisque la couverture doit désormais porter sur une période plus longue. Un refus de sa part n’arrête pas l’opération : vous êtes libre de remplacer le contrat par un autre, souscrit d’emblée sur la nouvelle durée, et ce remplacement se fait à tout moment et sans frais. L’accord de l’assurance est donc une étape, jamais un verrou.
Le vrai point de vigilance est ailleurs : l’âge auquel chaque garantie s’arrête. Les garanties d’arrêt de travail cessent au départ à la retraite et, au plus tard, à un anniversaire fixé lors de l’adhésion, souvent 65, 67 ou 71 ans selon l’option retenue. La garantie décès, elle, vous suit bien plus longtemps. Un prêt allongé peut donc se terminer après l’extinction de certaines garanties : les dernières années resteraient couvertes en cas de décès, mais plus en cas d’arrêt de travail. Ce n’est pas rédhibitoire, c’est un choix à faire en connaissance de cause, et il se vérifie avant de signer l’avenant. Notre guide de la garantie arrêt de travail précise jusqu’où elle vous suit, et celui de l’assurance de prêt après 60 ans traite les prêts qui courent au-delà de la retraite.
Le second chemin consiste à faire racheter votre prêt par une autre banque. Il s’agit alors juridiquement d’un nouveau prêt : nouveau dossier complet, nouvelle étude de vos revenus, et une nouvelle assurance à souscrire, avec le questionnaire de santé quand il s’applique. Votre situation s’apprécie exactement comme pour une première demande, et tout ce qui précède dans cet article s’y applique. Un élément joue souvent en votre faveur : la durée restante est plus courte que celle du prêt d’origine, et une couverture plus courte représente moins de risque pour l’assureur. Sur une pathologie susceptible d’évoluer avec le temps, ces quelques années de moins changent parfois la réponse. Enfin, il existe un troisième mouvement, souvent oublié et accessible à tout moment sans toucher au prêt : changer d’assurance seule, ce que détaille notre guide de la substitution d’assurance.
Vos leviers, dans l’ordre où ils se jouent
- Calculez sur vos revenus habituels. Le montant qui compte est celui de votre situation professionnelle, pas celui du mois d’arrêt. Réunissez les bulletins d’avant, l’attestation de votre employeur et la date de reprise : c’est le dossier que la banque attend.
- Choisissez le moment. Après la reprise, le dossier se lit tout seul. Avant, il se défend, à condition d’être complet. Le calendrier de votre projet tranche, mais quelques semaines changent parfois la réponse.
- Réglez le montage. Durée, apport, co-emprunteur : ces trois curseurs déterminent la mensualité et l’horizon, les deux seules choses que la banque regarde vraiment.
- Présentez le dossier au bon endroit. Les banques ne lisent pas les revenus de remplacement de la même façon. Identifier celles qui les retiennent avant de déposer la demande vaut mieux que de tenter sa chance au hasard.
- Menez l’assurance en parallèle, pas après. Les deux décisions avancent en même temps, et c’est souvent l’assurance qui fixe le tempo. Le sujet a ses propres règles, détaillées ci-dessous.
Et l’assurance emprunteur, dans tout ça ?
Tout ce qui précède concerne la banque et vos revenus. Reste le second feu vert à obtenir, celui de l’assureur, qui juge sur un tout autre critère : votre santé, avec ses propres règles et son propre calendrier. Bonne nouvelle sur ce terrain : une partie des prêts se conclut aujourd’hui sans aucune question de santé, et un contrat se remplace à tout moment, sans frais, une fois votre situation stabilisée. C’est un sujet entier, que nous traitons séparément dans notre guide de l’assurance emprunteur avec un arrêt maladie : questionnaire de santé, seuils de la loi, surprimes, exclusions et leurs leviers.
Questions fréquentes
Peut-on obtenir un prêt immobilier pendant un arrêt maladie ?
Oui, et c’est même fréquent quand la reprise est en vue. Votre contrat de travail court toujours, votre poste est conservé, et la banque raisonne sur votre situation professionnelle habituelle. Ce qui compte alors, c’est la qualité du dossier présenté : bulletins de salaire d’avant l’arrêt, attestation de l’employeur, date de retour prévue. Quand l’arrêt s’installe ou débouche sur une invalidité, la réponse dépend beaucoup de l’établissement consulté et du montage retenu.
La banque prend-elle en compte ma pension d’invalidité ?
Cela dépend de l’établissement, et l’écart est réel. Nous relevons que certaines banques la retiennent comme un revenu à part entière, parce qu’elle est versée de façon stable et durable, quand d’autres ne la comptent que partiellement. Un même dossier trouve donc son financement dans une banque là où une autre reste sur sa réserve. La bonne démarche consiste à identifier les établissements qui lisent favorablement ce type de revenu, et à leur présenter la demande en premier.
Dois-je signaler mon arrêt à la banque ?
Vos trois derniers bulletins de salaire font partie des pièces demandées : l’arrêt se voit. Autant le présenter vous-même, avec son contexte et sa date de fin prévue, plutôt que de le laisser apparaître comme une anomalie. Un dossier qui explique sa propre trajectoire inspire confiance ; c’est un argument, pas un aveu. Rappelons que la banque étudie vos revenus, pas votre dossier médical : le motif de l’arrêt ne la regarde pas.
Puis-je renégocier mon prêt pendant un arrêt maladie ?
Oui, et c’est le mouvement le plus accessible, quand il a un intérêt. Vérifiez d’abord ce point : si votre prêt date des années de taux très bas, le marché actuel ne le bat pas et la question tombe d’elle-même. Si l’écart existe, une renégociation avec votre banque actuelle se traite par un avenant au prêt : l’établissement vous connaît, votre assurance suit par un avenant, et cette voie ne suppose en général pas de repasser un questionnaire de santé. C’est précisément ce qui la rend praticable pendant un arrêt. Un rachat par une autre banque, en revanche, constitue un nouveau prêt, avec un dossier complet et une nouvelle assurance à souscrire : cette opération se mène dans de meilleures conditions après la reprise.
Un arrêt de travail ne referme pas un projet immobilier
On construit votre dossier ensemble ?
Nous savons quelles banques lisent bien les revenus de remplacement, comment présenter un arrêt en cours, et quel montage fait entrer un dossier dans les clous. Nous montons le dossier avec vous et nous le présentons là où il a ses meilleures chances. L’étude est gratuite et sans engagement : réservez un échange avec notre expert en financement. Et pour le volet santé du dossier, notre guide de l’assurance emprunteur avec un arrêt maladie prend le relais.
Article d’information générale, ne constituant pas un conseil personnalisé.
Sources
Les règles citées dans cet article viennent des textes officiels listés ci-dessous, que vous pouvez ouvrir pour vérifier chaque information par vous-même.
- Décision du Haut Conseil de stabilité financière du 29 septembre 2021 (Légifrance) : la limite de 35 % de revenus et la durée maximale de 25 ans.
- Décision du Haut Conseil de stabilité financière du 18 décembre 2023 (Légifrance) : la mise à jour de 2023 de cette même règle.
- La mesure du Haut Conseil expliquée sur economie.gouv.fr : la même règle en langage simple, avec la marge de souplesse laissée aux banques.
- Fiche « Arrêt maladie : indemnités journalières versées au salarié » de service-public.gouv.fr : le calcul des indemnités journalières et le complément versé par l’employeur.
- Fiche « Pension d’invalidité de la Sécurité sociale » de service-public.gouv.fr : la réduction de capacité d’au moins deux tiers et les trois catégories d’invalidité.
Ces règles évoluent : les sources ci-dessus ont été vérifiées le 2 septembre 2026.